Ferry-Julliard sur LCI
Nous avons pu assister le week-end dernier sur LCI à une charge terrible à l’encontre de l’Internet de la part de deux grands intellectuels français en les personnes de Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale, et Jacques Julliard, journaliste au Nouvel Observateur.
En effet, sur l’Internet, l’information n’est pas contrôlée par une caste parisienne surpuissante, et nos deux commentateurs en paraissent fortement froissés.
Monsieur Ferry dénonce le niveau d’orthographe des contributeurs sur le web: sa fille de huit ans aurait imprimé un texte sur le tigre blanc bourré d’erreurs. Le monopole de l’éducation appartenant toujours aux gens travaillant rue de Grenelle, ce n’est pas sur Wikipédia que ce contributeur a appris à écrire, mais bien dans un des établissements de l’Education Nationale, autrefois sous la tutelle de Monsieur Ferry.
De plus, s’il peut être utile de critiquer le niveau de l’émetteur de l’information, il peut être aussi opportun de rappeler que son récepteur n’est pas exempt d’un devoir de réflexion sur ce qu’il lit et apprend. Certes, je ne demande pas cela à une élève de huit ans, ma remarque se veut plus générale.
Internet a justement l’avantage de développer l’esprit critique devant la multitude des informations et de sources disponibles. Par exemple, si je veux une information crédible et sérieuse, je n’irai pas sur Rue89 ou MediaPart.
C’est ce que le système ancien des media traditionnels, journaux papier et de télévision, en situation de cartel dans un marché fermé, non soumis à la concurrence, subventionné massivement, avait fait disparaître. C’est ce système de contrôle de l’information à priori, déresponsabilisant, que défendent les commentateurs. On les remerciera.
Une autre de leurs diatribes concerne la carence du contrôle de l’information. C’est vrai, dans le passé, il y avait seulement une dizaine de media, “pluralistes”, tous basés à Paris, les personnes en fonction clairement identifiées, donc possiblement contrôlables. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
J’attends toujours une Une du Figaro, du Monde, ou du Nouvel Obs (on a bien le droit de rêver), décrivant par a+b que la sécurité sociale appauvrit les français, ce qui est un fait objectif, réel, documenté, prouvé par les chiffres. Cela doit être trop leur demander. A contrario, tous les media traditionnels annoncent un charlatan français président de facebook sans aucun travail de vérification.
Wikipedia en prend aussi pour son grade. L’information y serait indigente ou orientée. Mais ils devraient comparer un instant avec la version anglo-saxonne, bien plus fournie, cela se comprend pour des raisons évidentes de nombre d’intervenants, mais aussi bien plus neutre. Entendre des apparatchiks de la république française tenant le haut du pavé de la vie intellectuelle française, critiquer le niveau intellectuel dans notre pays, ce dont ils sont à divers degrés responsables, est assez remarquable. L’hôpital qui se moque de la charité.
Monsieur Julliard, dont le silence coupable presque tout le long de l’émission sous-entend la plus grande des méconnaissances sur le sujet, ne peut s’empêcher de citer l’apparatchik Jeanneney et son livre sorti il y a environ deux ans – on devrait je pense pouvoir trouver des analyses pertinentes de l’Internet depuis ce temps – contre Google, qui menacerait, nous tremblons tous de peur, de contrôler l’information. C’est que Monsieur Julliard, de par le prisme idéologique qui l’anime depuis une quarantaine d’années, n’a toujours pas pris connaissance des notions économiques de base que sont le principe de concurrence dans un marché libre et ce qu’il engendre comme répercussions positives en terme de contrôle des entités – principe qui est pourtant à la base de la recherche scientifique. Cela montre à quel point Monsieur Julliard a progressé dans ses idées et sa vision de la société pendant toutes ces années de réflexion aigue en tant qu’intellectuel renommé. Car Monsieur Julliard ne perçoit pas la différence qu’il y a entre une société privée soumise à la concurrence du marché, et un état jacobin ultra centralisé qui n’a de comptes à rendre à personne.
Monsieur Rabilloud sauve son émission à la fin, en établissant le constat d’une France déprimée, dont la capitale est bardée de CRS le soir du réveillon de la Saint-Sylvestre, alors que les autres capitales fêtent le passage à la nouvelle année dans des feux d’artifices extraordinaires. Mais entendre Monsieur Julliard approuver cette analyse laisse songeur, lui qui, par son engagement socialiste de tous les instants, a lutté pour construire cette société déstructurée de violence.


