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Quand je ne sais pas quoi écrire je fais Control-C Control-V. Celui-ci est dédié à cette tribu laotienne qui, depuis trente ans, vivant au fin fonds de la jungle, se nourissant de racines, tente d’échapper aux communistes viet et laotiens, qui veulent les massacrer. (Vu sur France2, 16 juin 2005)
Jean-François Revel, dans Le Regain démocratique, a écrit:
Je suis en accord complet avec le fond de la thèse de Francis Fukuyama. Mais je pense que la victoire du libéralisme, qu’il proclame à juste titre, est plus une victoire morale et virtuelle qu’une réalité concrète.
Il minimise beaucoup trop le rôle des lenteurs et des régressions dans l’histoire. Il a raison de dire que nos schémas explicatifs depuis cinquante ou cent ans ont surévalué le rôle de l’économie et que nous devons replacer au premier rang les causes idéologiques, psychologiques et culturelles, comme le faisaient d’ailleurs les anciens historiens, jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Mais il ne va pas jusqu’au bout de ce rétablissement, car il omet d’ajouter que l’histoire est faite non seulement d’évolutions et d’événements, mais aussi et surtout de décisions, prises et appliquées par des acteurs qui ont la capacité de bouleverser le cours apparemment irréversible des choses de façon résolument illogique. La volonté de l’homme souvent s’oppose à la prépondérance tenue pour certaine du meilleur modèle.A force de présenter les rémanences et les résurgences antilibérales comme des « combats d’arrière-garde », on oublie un peu trop que, de combat d’arrière-garde en combat d’arrière-garde, ce sont des vies, des générations entières dont la durée d’existence se sera écoulée dans les affres de ces batailles prétendument marginales. Mises bout à bout, à la fois dans l’espace et dans le temps, elles affectent en définitive la plus grande partie de la population de la planète et des années de notre siècle. Après tout, étant donné l’état d’avancement, en 1900, de la démocratie ou des aspirations à la démocratie, du libéralisme économique et de ses succès, de la culture humaniste et des sciences, on peut arguer que le communisme, le fascisme et le nazisme constituaient des combats d’arrière-garde. Ils n’en ont pas moins empoisonné tout le XXe siècle. Et, pour quelques milliards d’êtres humains, l’histoire, c’est ça. Ils n’ont rien connu d’autre. Beaucoup ne connaîtront rien d’autre. Pour eux, « la victoire éclatante de la démocratie libérale occidentale comme forme finale du gouvernement humain » n’a jamais eu la moindre réalité. Ils ont même souffert beaucoup plus dans les sociétés totalitaires modernes que leurs parents dans des sociétés traditionnelles anciennes qui n’étaient pas démocratiques, au sens où nous l’entendons, mais qui n’opprimaient pas et ne détruisaient pas systématiquement l’homme et les libertés.
Aussi ne peut-on pas écarter du revers de la main ces régimes en marmonnant qu’il s’agit de « quelques croyants isolés ». Ces « croyants isolés » gouvernent, démographiquement parlant, une colossale proportion de l’humanité. Je suis en pleine harmonie avec Fukuyama pour rire des « pensées bizarres qui peuvent traverser l’esprit de certaines personnes en Albanie ou au Burkina-Faso», d’autant plus que ces personnes n’ont pas tardé à suivre elles aussi la mode de l’abjuration.
Mais les habitants de ces pays, eux, étaient moins amusés. Je ne me donnerai pas la facilité de rappeler combien la répression chinoise de juin 1989, avec son retour à la terreur de masse, a démenti les analyses qui avaient intégré comme un fait presque acquis le processus de démocratisation chinois. Plus intéressant est l’empressement avec lequel tant de commentateurs des deux côtés de l’Atlantique ont refusé d’enregistrer vraiment ce recul monumental vers la barbarie totalitaire. Cela ne prouve vraiment rien, disent-ils, la libéralisation reprendra sûrement tôt ou tard, les étudiants relèveront la tête un jour.
Lesquels? Pas les mêmes, en tout cas. Bien entendu, à longue échéance, il est probable que la Chine reprendra le cours libéral. Mais, en politique, je me moque de la longue échéance, c’est la courte qui compte, car la vie humaine est courte.Pour ces individus, la victoire de « la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement humain » n’est pas d’une évidence aveuglante. Il ne faut pas répondre qu’elle le deviendra un jour, car elle le sera pour d’autres hommes, et c’est là justement la détestable preuve par l’avenir qui a servi et sert encore à légitimer tant d’atrocités des utopies totalitaires. Ne copions pas les raisonnements communistes au moment même où nous les proclamons périmés. […]