Pai Mei
Le cruel enseignement de Pai Mei
Dans cette scène, Bill explique à Black Mamba l’histoire millénaire de Paï Meï, tout en jouant de la flûte traversière.
« – Il était une fois, en Chine, aux alentours, dit-on, de l’an 1003.
Le grand maître du clan du Lotus Blanc, Pai Mei, marchait le long de la route, contemplant ce que seul un homme aussi sage et doté d’aussi infinis pouvoirs que lui peut contempler, autrement dit…, Dieu seul sait quoi.
C’est alors qu’un moine Shaolin apparut sur la route en sens opposé.
Au moment où ils se croisèrent,
Pai Mei,
dans un quasi-effroyable élan de générosité,
fit au moine un très sobre signe de la tête.
Ce signe ne fut pas retourné.
Était-ce dans l’intention du moine de faire un affront à Pai Mei ?
Ou n’avait-il simplement pas remarqué ce discret signe de courtoisie ?
Les motifs du moine
demeurent inconnus.
Ce que nous connaissons,
ce sont les conséquences.
Le lendemain matin, Pai Mei apparut au temple Shaolin.
Il demanda au prêtre supérieur de lui offrir sa tête,
pour réparer l’affront.
Le supérieur tenta d’abord de consoler Pai Mei,
avant de comprendre qu’il était inconsolable.
Ainsi commença le massacre du temple Shaolin et des 60 moines qui y vivaient, tombés sous les poings du Lotus Blanc.
Et ainsi naquit la légende de sa technique de la paume à 5 pointes qui fait exploser le cœur.
- Quelle est cette technique de la paume à 5 pointes qui fait exploser le cœur ?
Tout simplement le plus foudroyant coup des arts martiaux.
Il te frappe, du bout des doigts, en 5 différents points de pression de ton corps.
Puis, il te laisse t’éloigner.
Et, après avoir effectué 5 pas, ton cœur explose dans ta poitrine,
et tu t’effondres, mort.
- Te l’a-t-il enseignée ?
- Non. Il n’enseigne cette technique à personne.
Une des choses que j’ai toujours appréciées chez toi, c’est ta grande sagesse malgré ton âge.
Alors écoute cette maxime de sagesse :
Quoi que Pai Mei dise, obéis.
Si tu oses un seul instant le regarder d’un ?il arrogant, il te l’arrachera.
Et si tu lui jettes un de ces regards insolents typiquement américains,
il brisera ta colonne et ta nuque comme de simples brindilles.
Et c’en sera fini de toi. »
[…]
A présent Bill revient de son entrevue avec Paï Meï
Black Mamba:
« – Pourquoi m’a-t-il acceptée ?
Bill:
- Car c’est un très vieil homme, et les bâtards pourris dans son genre,
en vieillissant, finissent par se sentir seuls.
Ce qui n’affecte pas leurs dispositions, mais leur enseigne les valeurs sociales.
Rien que de revoir ces marches, j’ai mal partout.
Tu vas bien t’amuser à monter et descendre ça en portant des seaux d’eau.
- Quand te reverrai-je ?
- C’est le titre de ma chanson préférée.
- Quoi ?
- Rien. Dès qu’il me dira que tu es prête.
- Ça prendra combien de temps ?
- Ça, ma chère, ça dépend de toi.
Rappelle-toi : pas de sarcasmes, ni d’insolence.
Du moins pendant la première année.
Laisse-le d’abord s’habituer à toi.
Il hait les Occidentaux,
méprise les Américains,
et n’a que dédain pour les femmes.
Dans ton cas, il se peut donc que ça prenne du temps. »
[…]
Black Mamba est maintenant face à Paï Meï:
« -Maître…
- Ton mandarin laisse à désirer.
Ça m’écorche les oreilles.
Tu braies comme un âne.
Ne parle que si je t’adresse la parole.
Est-ce qu’au moins tu comprends le cantonais ?
- Je parle très bien japonais.
- Je ne t’ai pas demandé si tu parlais japonais.
Je t’ai demandé si tu comprenais le cantonais.
- Un peu.
- Tu es ici pour apprendre les arcanes du kung-fu, pas la linguistique.
Si tu ne me comprends pas, je te parlerai comme à un chien.
Je crierai, je ferai des gestes, je te donnerai des coups de bâton !
Bill est ton maître, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Ton maître dit que tu n’es pas totalement ignare.
Quelle discipline connais-tu ?
- Je maîtrise le style du Tigre-Grue.
Et je suis plus que douée dans l’art raffiné du sabre de samouraï.
- L’art raffiné du sabre de samouraï.
Ne me fais pas rire !
Ton soi-disant art raffiné n’est bon que pour ces imbéciles de Japonais.
Ta colère m’amuse.
Crois-tu pouvoir m’affronter ?
- Non.
- Sais-tu que je tue comme je veux ?
- Oui.
- Souhaites-tu mourir ?
- Non.
- Alors tu dois être stupide… très stupide.
Lève-toi et laisse-moi voir ton visage ridicule.
Debout.
Alors, ma pitoyable amie, y a-t-il une chose que tu fasses bien ?
Que se passe-t-il ?
Tu as perdu ta langue ?
Ah oui, tu parles japonais.
Je méprise ces maudits Japonais !
Va vers ce rack d’armes. Prends un sabre.
Voyons si tu es aussi douée que tu le dis. »