Back from camden

Luchini sur Muray

Ce qui est étonnant c’est que personne n’aurait osé contester sur le papier cette doxa là. Qui oserait dire qu’un festival qui réunit des gens malheureux, désœuvrés, qui n’ont pas d’argent, qui oserait à part Muray, dire que ce qui apparaît comme l’Empire du Bien, un truc vraiment bien, comme tout animateur politique le souhaite, occuper les gens, les entraîner à ce qu’ils appellent la Culture, comment se fait-il qu’il y ait quelqu’un qui ose dire, je soupçonne derrière tout ça une aliénation hallucinante. Qui ne soit pas un raseur, qui ne soit pas un moraliste pénible, un réac épouvantable mais quelqu’un qui dit, voilà, cet Empire du Bien, ces intentions prodigieusement bonnes, ont derrière une dimension tragique. Et Muray le photographie, le met en scène, et met en scène que derrière le festif, derrière le sympa, derrière le global, il y a la mort du réel. C’est pas moral, la position de Muray, c’est pas “oh les gens s’amusent c’est chiant”, non ! Les gens s’amusent d’une certaine manière qui dénie la réalité et qui crée la mort de la vie et la mort de l’art.

Fabrice Luchini, Le rire libérateur de Philippe Muray (mp3)