Back from camden

De l’évolution de la langue

Votre Académie est dépositaire de notre langue. Elle doit en consacrer le bon usage et en surveiller l’évolution. Ainsi l’a voulu le cardinal de Richelieu quand il a défini la mission première de votre Compagnie. Tâche ardue aujourd’hui, en un temps où le correct est plus souvent politique que grammatical et où la peur de passer pour puriste est plus paralysante que la certitude de passer pour illettré ; un temps où l’on confond l’évolution de la langue, phénomène d’enrichissement, avec sa désarticulation, facteur d’appauvrissement ; où l’on mélange la francisation de mots étrangers, phénomène constant, organique, s’il est consacré par la durée, avec le badigeonnage hâtif, plaqué sur un outil structuré, d’un amorphe pidgin d’aéroport n’ayant rien de commun avec une langue étrangère déterminée. Bref, la fausse innovation est l’ennemie de la vraie. Le puriste est celui qui déteste le nouveau, simplement parce que c’est nouveau. Le défenseur de la langue veille, lui, à ce que le nouveau soit une addition et non une destruction de sens, un élargissement et non un démantèlement de la syntaxe. De même que le savant est le contraire du pédant, le gardien de la langue est le contraire du puriste. Pour faire du nouveau, il faut maîtriser l’ancien. Pour moderniser une langue, il faut la bien connaître et la faire bien connaître, rôle parfois mal compris, qui incombe à votre Compagnie depuis trois cent soixante ans.

Jean-François Revel, Discours de réception à l’Académie française

Le producteur et les parasites

I think we bring a lot more than free WiFi.

Meet Don Draper

Sunny

Le matin. La cuisine est sans volets, mais tout est sombre. Il n’y aura pas de soleil de la journée.

Pippin: A storm is coming.

Gandalf: This is not the weather of the world. This is a device of Sauron’s making. A broil of fume he sends ahead of his host. The Orcs of Mordor have no love of daylight, so he covers the face of the sun to ease their passage along the road to war. When the shadow of Mordor reaches this city it will begin.

Atlas Shrugged wallpapers

A few wallpapers from the cover of the most famous Ayn Rand’s book, Atlas Shrugged:

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And from the 50th anniversary edition:

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Encore Houellebecq

Interviewer
You have written that you are “not only a religious atheist but a political one.” Can you elaborate?

Michel Houellebecq
I don’t believe much in the influence of politics on history. I think that the major factors are technological and sometimes, not often, religious. I don’t think politicians can really have a true historical importance, except when they provoke major catastrophes Napoleon-style, but that’s about it. I also don’t believe individual psychology has any effect on social movements.

[...]

Interviewer
Why don’t you live in France?

Michel Houellebecq
Partly to pay fewer taxes and partly to learn your beautiful language, madam. And because Ireland is quite beautiful, especially the west.

Interviewer
Not to escape your own country?

Michel Houellebecq
No. I left in full undisputed glory without any enemies.

Interviewer
And what do you think of this Anglo-Saxon world?

Michel Houellebecq
You can tell that this is the world that invented capitalism. There are private companies competing to deliver the mail, to collect the garbage. The financial section of the newspaper is much thicker than it is in French papers.

The other thing I’ve noticed is that men and women are more separate. When you go into a restaurant, for example, you often see women eating out together. The French from that point of view are very Latin. A single-sex dinner would be considered boring. In a hotel in Ireland, I saw a group of men talking golf at the breakfast table. They left and were replaced by a group of women who were discussing something else. It’s as if they’re separate species who meet occasionally for reproduction. There was a line I really liked in a novel by Coetzee. One of the characters suspects that the only thing that really interests his lesbian daughter in life is prickly-pear jam. Lesbianism is a pretext. She and her partner don’t have sex anymore, they dedicate themselves to decoration and cooking.

Maybe there’s some potential truth there about women who, in the end, have always been more interested in jam and curtains.

Michel Houellebecq, The Art of Fiction

À marche forcée

Dans son unique roman, À marche forcée, Sławomir Rawicz raconte l’histoire d’un groupe de sept évadés du Goulag, échappés en 1940 de leur camp de travail en Sibérie orientale pour rejoindre les Indes britanniques et la liberté. 6000 kilomètres de marche, seuls, isolés, et sans vivres. A traverser un hiver sibérien hostile (en partant d’au-delà du cercle polaire), un des déserts les plus grands du monde, pour finir par les plus hauts sommets.
Ce roman, tiré donc d’une histoire vraie, eut un succès populaire important lors de sa sortie en 1956. Traduit en 25 langues, il continue d’être imprimé aujourd’hui.
Mais il fut également critiqué par certains journalistes, qui n’hésitèrent pas à remettre en cause la véracité du récit de Rawicz en y pointant certaines incohérences. Entre autres, en doutant de la possibilité de ne pas boire pendant plus de sept jours, comme le raconte l’auteur, lors de la traversée du Gobi ; ensuite, en remarquant que ce désert est constitué non pas de dunes de sables et d’oasis avec palmiers, comme Rawicz l’écrit, mais d’un sol principalement rocailleux. Aussi, l’évocation par l’auteur de la présence d’abominables hommes des neiges au sud du Tibet n’aura pas favorisé la crédibilité de l’histoire.

Le monde était donc depuis 1956 plongé dans un insupportable doute quant à la réalité de cette aventure.
Jusqu’en 2006, où un journaliste de la BBC, aidé par la mise à disposition nouvelle d’archives datant de la seconde guerre mondiale, put finalement démontrer le caractère imaginaire du récit de Rawicz. Bien qu’effectivement officier supérieur polonais lors de l’entrée en guerre de son pays, puis envoyé au Goulag, les enquêteurs prouvèrent qu’il avait été libéré des camps de concentration soviétiques suite à une amnistie générale.

Mais il n’empêche : Rawicz n’a quand même pas tout inventé. Cette histoire d’évasion a bien eu lieu. Seulement, par d’autres protagonistes, jusqu’alors inconnus.
Il semble que Rawicz ait, au cours de son propre périple, eu accès à l’histoire de cette évasion, rapportée de manière officielle dans des documents militaires, et s’en soit approprié le récit.

Nouvelle surprise en 2009, quand le journal anglais Mirror réussit finalement à retrouver le héros, bien réel lui, de cette évasion. Il s’agit d’un certain Witold Glinski, un polonais habitant en Grande Bretagne, âgé de 15 ans au moment de sa déportation.
Et c’est à la lecture du témoignage de Witold Glinski, enfin décidé à parler, que l’on se rend compte du degré d’imaginaire contenu dans le roman À marche forcée de Rawicz.
Ainsi, l’organisation de l’évasion du camp fut l’œuvre solitaire de Witold, non pas un plan collectif mis en place savamment comme dans le livre. Les autres évadés se greffèrent à la fuite lors de la mise en marche de Witold, à la dernière minute. De plus, la bonne entente du groupe d’évadés racontée dans le livre semble sortie de l’imagination de l’auteur. Witold souligne au contraire la relative et silencieuse méfiance entourant les sept fugitifs.

Néanmoins, il semble que la première partie du roman, relatant le calvaire insupportable du prisonnier jusqu’à l’arrivée au camp, soit réelle : on peut raisonnablement penser que Rawicz a ici raconté sa propre histoire, de l’arrestation aux interrogatoires dans divers camps, dont la Loubianka, puis à l’acheminement en Sibérie dans des wagons à bestiaux et enfin à pied, enchaîné sur des centaines de kilomètres. Processus que l’on retrouvera étayé précisément l’Archipel de Soljenitsyne.
Rawicz aurait ensuite greffé l’histoire de Glinski à la sienne…

Evidemment, il est préférable d’éviter de connaître toutes ces informations avant la fin du livre. Ce qui n’a pas manqué de m’arriver : alors à son premier tiers, il a fallu que je cherche sur Google des informations sur l’histoire en cours, pour découvrir le pot-aux-roses… J’ai lu le reste du livre avec bien moins d’enthousiasme.

Ce roman, et cet itinéraire extraordinaire suivi par les fuyards, a inspiré des aventuriers. En 2006, Sylvain Tesson, écrivain-baroudeur, reproduira à pied, à cheval et à vélo (by fair means, comme il l’explique lui-même) le parcours des évadés, et tirera de son aventure un joli petit livre intitulé L’axe du loup.
On peut signaler, dans un registre différent, la sortie d’un film hollywoodien fin 2010 inspiré du roman de Rawicz. Figurent notamment au casting Colin Farrell et Ed harris. A la réalisation, Peter Weir, déjà aux commandes de Master and commander.

Finalement, remarquons qu’il aura fallu que Rawicz raconte une fantastique histoire d’évasion pour produire un best-seller. Comme si tout son passage effectif dans le monde concentrationnaire, les tortures, physiques comme mentales, les interrogatoires, sa parodie de procès, l’acheminement, en train, puis à pied dans l’hiver glacial sibérien, tout ce qu’il a pourtant réellement subi, ne suffisait apparemment pas pour être digne d’être raconté, et largement diffusé.

Célibataires irresponsables

Devant lui, un blondinet d’environ quatre ans geignait, réclamant on ne savait trop quoi, puis d’un seul coup il se jeta à terre en hurlant, tremblant de rage ; sa mère échangea un regard épuisé avec son mari, qui tenta de relever la vicieuse petite charogne. Il est impossible d’écrire un roman, lui avait dit Houellebecq la veille, pour la même raison qu’il est impossible de vivre : en raison des pesanteurs qui s’accumulent. Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables. Comme moi, avait-il ajouté en attaquant sa troisième bouteille de vin chilien.

Michel Houellebecq, La carte et le territoire, p. 179

En tout cas

- Quand vous arrivez et que vous voyez les manifs dans Paris, vous voyez le débat public ; vous vous dîtes “chic, c’est une vraie démocratie, qui s’engueule, avec de bons débats”, ou “c’est le chaos” ?

- Une bonne démocratie c’est pas ça pour moi… une bonne démocratie c’est pas la France en tout cas, c’est un pays où les gens sont représentés. Là à l’heure actuelle je crois plus trop à la démocratie représentative.

Michel Houellebecq – Europe 1 (mp3)

Luchini sur Muray

Ce qui est étonnant c’est que personne n’aurait osé contester sur le papier cette doxa là. Qui oserait dire qu’un festival qui réunit des gens malheureux, désœuvrés, qui n’ont pas d’argent, qui oserait à part Muray, dire que ce qui apparaît comme l’Empire du Bien, un truc vraiment bien, comme tout animateur politique le souhaite, occuper les gens, les entraîner à ce qu’ils appellent la Culture, comment se fait-il qu’il y ait quelqu’un qui ose dire, je soupçonne derrière tout ça une aliénation hallucinante. Qui ne soit pas un raseur, qui ne soit pas un moraliste pénible, un réac épouvantable mais quelqu’un qui dit, voilà, cet Empire du Bien, ces intentions prodigieusement bonnes, ont derrière une dimension tragique. Et Muray le photographie, le met en scène, et met en scène que derrière le festif, derrière le sympa, derrière le global, il y a la mort du réel. C’est pas moral, la position de Muray, c’est pas “oh les gens s’amusent c’est chiant”, non ! Les gens s’amusent d’une certaine manière qui dénie la réalité et qui crée la mort de la vie et la mort de l’art.

Fabrice Luchini, Le rire libérateur de Philippe Muray (mp3)